L’université de
demain
L’Université où
j’ai commencé mon parcours au début des années 2000, n’est plus la même que
celle nous je le poursuis aujourd’hui. J’ai été témoin – et actrice – de
nombreux changements.
Cela concerne
bien sûr l’usage des technologies à l’université, mais aussi le rapport entre
la vie sociale, professionnelle et la vie étudiante.
L’évolution de la
technologie tout d’abord a vécu une accélération rapide, plus effrénée que
celle qu’on put connaître les générations antérieures. Lorsque j’ai commencé
l’université, j’allais à la bibliothèque, comme aujourd’hui pour y emprunter
des livres, mais aussi pour regarder mes courriels sur les ordinateurs à
disposition. Aujourd’hui, je reçois mes mails, messages et notification en tout
genre, en temps réel sur mon téléphone. J’ai vu arriver, et j’ai participé à
faire arriver, les ordinateurs portables dans les salles de cours, les photos
prises au lieu de noter une information, et les universités avoir des pages
Facebook, twitter, Instagram… En quoi est-ce que cela bouleverse la vie des
étudiants et des universités ?
La stimulation
accrue par les technologies est-elle une entrave ou un bénéfice pour la vie
universitaire ? Comment les professeurs gèrent-il le décalage entre les
étudiants d’aujourd’hui « digital natives », et eux même
« digital immigrants » plus ou moins bien « intégrés » dans
leurs usages numériques ? (M.
Prensky, 2001)
À l’arrivée de
chaque innovation technologique, des voix s’élèvent pour crier au danger :
de la machine à vapeur à l’imprimerie, il y eut toujours des anciens pour rager
contre les modernes, et mettre en garde contre les dangers de l’accélération. Il
est évident que notre temps et notre type d’attention sont certainement modifiés
par une utilisation différente des technologies : les contenus et les
modalités de transmission des connaissances doivent s’adapter à ce nouveau
contexte : capsule vidéo courte, lecture avec attente, participation à des
forums de discussion qui favorise la spontanéité des échanges et les réponses
relativement courtes. Mais la transformation de nos habilités de concentration
n’est pas nécessairement synonyme d’une capacité amoindrie : en
contrepartie le « digital native » est capable d’être multitâche et
donc de gérer plusieurs activités en même temps, est extraordinairement plus
rapide pour apprendre les outils numériques, et a une grande habitude de gérer
une masse importante d’information, souvent contradictoire, ce qui développe
son esprit critique. (M. Wesch, 2007). L’université bénéficie, je pense, grandement de cette montée en compétence
de ses étudiants.
Un autre grand
bouleversement de l’université ces dernières années me semble être le rapport
entre la vie sociale, professionnelle et étudiante, ainsi que la composition
sociologique des étudiants. Dans la vidéo « Le milieu universitaire québécois d’hier et demain » (Capsule
vidéo de L. Ménard), ces bouleversements
sont pointés pour la société québécoise, et je vois des points communs avec les
bouleversements en France et en Australie où j’étudie aujourd’hui, malgré des
différences importantes de contexte. L’Université s’est démocratisée depuis
plusieurs décennies pour le meilleur, mais cela implique que les étudiants
travaillent plus en dehors de l’université, car ils ne viennent plus
nécessairement de milieux favorisés où ils n’avaient pas besoin de financer
leur parcours académique (Pageau et Bujold, 2000). Cela signifie aussi que les étudiants sont plus
hétérogènes, ce qui est très stimulant pour favoriser les échanges
contradictoires et les situations de conflit cognitif. Le développent des
échanges internationaux entre les universités participe également à ce
phénomène. Mais la vie sociale à l’université me paraît plus complexe qu’avant,
et il me semble que cela a un impact sur l’implication des étudiants dans la
vie du campus et donc l’implication dans leurs études. Dans mon expérience
personnelle, les cours ou expériences d’apprentissage qui m’ont donné
l’impression de plus me former et me transformer ont été celles qui se sont
prolongées par une implication sociale dans un groupe. Au niveau de la recherche
notamment, le parcours académique peut devenir très solitaire et ainsi briser
une dynamique de stimulation intellectuelle avec ses paires (C. Tuke-Flandders, N. Rubbenstein, 2016). L’université d’aujourd’hui propose déjà
des parades pour lutter contre cet isolement, mais il me semble que cela constituera
encore un des grands défis pour les années à venir.
Pour lier les
deux volets abordés dans ce billet, je dirais que le développent et l’arrivée des
technologies numériques à l’université pourrait être une piste de solutions
pour briser l’isolement des étudiants. Les réseaux sociaux ont pris une grande
importance dans nos vies, et malgré des problématiques quelles génèrent, elles
permettent un prolongement de la vie sociale et du lien à distance. Quels types
d’outils pouvons-nous imaginer pour transférer cet aspect de nos vies dans
l’université ? Des messageries instantanées pourraient être intégrées aux environnements
numériques de travail des cours d’universités ? Des outils de travail
collaboratif comme Trello ou Slack pourraient être utilisés dans un contexte
universitaire ? Autant d’idées de pistes à creuser pour une meilleure
implication des étudiants dans l’Université de demain.
Référence :
Prensky, M.
(2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon, 9(5), 1-6.
Wesch, M. (2007). A Vision of Students Today. Récupéré de
https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o
Ménard, L., Capsule
vidéo : « Le milieu universitaire québécois : d’hier à
demain »
Pageau, D. et
Bujold, J. (2000). Dis-moi ce que tu veux, et je te dirai jusqu’où tu
iras : les caractéristiques des étudiants et des étudiants à la rescousse
de la compréhension de la persévérance aux études. Analyse des données des
enquêtes ICOP : 1er volet, les programmes de baccalauréat.
Québec. Université du Québec à Québec, Direction du recensement étudiant et de
la recherche institutionnelle.
Prensky, M. (2001).
Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon. 9(5). pp 1-6.
C. Tuke-Flandders, N.
Rubbenstein, 2016, The loneliness taboo: Why doing a PhD doesn’t have to be an
isolating experience, http://melbourne.resbaz.edu.au/post/144642287884/the-loneliness-taboo-why-doing-a-phd-doesnt-have