mardi 7 février 2017


Constructivisme, cognitivisme, connectivisme : Quels sont les impacts de ces théories d’apprentissage sur mon activité d’enseignement ?


J’ai eu l’occasion d’enseigner dans plusieurs contextes et ainsi d’avoir la chance de comparer différentes situations éducatives : cours particulier de soutien ou de langue, médiation culturelle dans les musées, cours de FLE à l’université, et maintenant formation à l’impression 3D pour des doctorants de toutes disciplines. Mais mon expérience est très empirique et ne s’est pas accompagnée de beaucoup de formation théorique sur les théories de l’apprentissage. Comment la découverte de ces théories « résonne » avec mon expérience ? Et surtout qu’est-ce que je peux intégrer dans mon activité pour améliorer mon enseignement et ainsi l’apprentissage des étudiants.


Constructivisme :

L’hypothèse constructiviste est un nouveau cadre de référence pour l’éducation qui a bouleversé bon nombre de nos idées sur l’apprentissage et changé les méthodes d’enseignement ces 20 dernières années (Tardif, 1997 - Jonnaert, 2006). Un des principaux apports du constructivisme est de mettre en avant l’apprentissage comme une construction individuelle, qui se bâtit sur les savoirs antérieurs. Ainsi l’enseignement part du principe que chaque apprenant à un bagage différent et va assimiler le cours d’une manière singulière.
Dans mon expérience, prendre en compte cela implique d’apprendre à gérer des situations ou le groupe est composé d’une multitude de niveau et de bagages différents.
Il me semble qu’une idée pour tirer bénéfice d’un groupe hétérogène peut être de responsabiliser et d’autonomiser ceux qui ont déjà un niveau plus avancé : Lors de mes cours de modélisation 3D, je fais en sorte de grouper les étudiants par 3 ou 4, avec un « aidant », qui a déjà participé à mes cours et qui peut soutenir les autres. Cette méthode motive ceux qui sont plus avancés, qui se sentent utiles, valorisés et investis, tout en accompagnant ceux qui découvrent l’outil sans le rapport hiérarchique parfois intimidant de l’expert.
De plus, le constructivisme nous apprend d’ailleurs que c’est dans l’interaction que se forme la connaissance (Ménard et St-Pierre, 2014). À ce titre un apport clef du constructivisme se joue aussi su côté du socio-constructivisme : Il me semble que c’est une problématique fondamentale de l’apprentissage aujourd’hui et c’est là que peux se jouer l’engagement de l’enseignant. Les étudiants peuvent venir de milieux très différents et ce qui pourrait être une richesse peut parfois s’avérer être un obstacle pour certains. Mais cette variété de bagages peut favoriser la confrontation et le travail en groupe qui oblige à négocier avec d’autres, à s’adapter à leur mode fonctionnement. Cela favorise les conflits cognitifs, que le constructivisme nous apprend être un terrain fertile d’apprentissage et d’acquisition des connaissances. C’est en réajustant ses modèles de pensée, qu’on ancre de nouvelles connaissances.
Dans mon expérience personnelle, je m’aperçois d’ailleurs que je mémorise des connaissances en les associant à des personnes et à des situations sociales. C’est par le lien social que je fixe la connaissance dans ma mémoire.


Cognitivisme :

Le cognitivisme s’appuie sur le constructivisme en tant qu’il part du principe que notre apprentissage s’appuie sur les connaissances antérieures (Tardif, 1998). Pour autant, le cognitivisme se focalise plus sur les mécanismes d’apprentissage et de mémorisation.
Je retiens du cognitivisme des techniques qui permettent de mémoriser plus efficacement.
Le simple fait d’annoncer un plan de cours, de nommer des objectifs permet à l’apprenant de se sentir rassuré dans son processus d’apprentissage et d’avancer avec une idée claire en tête de ce qu’il doit faire. De la même manière, récapituler en fin de cours ce qui a été appris, permet une meilleure mémorisation et donne confiance à l’étudiant dans ce qu’il a appris. Le cognitivisme explique également le fonctionnement de la surcharge cognitive, qui est une situation ou l’apprenant n’est plus en mesure d’acquérir ou de mémoriser de nouvelles connaissances, car il « sature ». Chaque apprenant venant avec son propre bagage, la surcharge cognitive peut arriver à chacun à des moments très différents du processus d’apprentissage. Le savoir, le repérer et composer avec, et un challenge que le cognitivisme nous apprend à anticiper.
Enfin, pour accompagner les apprenants dans l’autonomie, le cognitivisme nous est précieux, car il décrit les mécanismes qui permettent de développer individuellement des méthodes d’apprentissage. Apprendre à chacun à apprendre, à réfléchir sur ces manières d’apprendre (méta cognition), est un pas vers l’autonomie de l’apprentissage.


Connectivisme :

Le connectivisme s’attache plus particulièrement à l’acquisition des connaissances dans l’ère numérique, et à ce que cela modifie dans l’expérience des apprenants (Siemens, 2005). L’utilisation des technologies, dans les situations d’apprentissage comme au quotidien, modifie notre rapport au monde : Attention réduite, nouveau rapport à l’information ou rapports sociaux prolongés en ligne. Adapter cela à l’éducation est un travail stimulant pour l’enseignant aujourd’hui et demain.
Tout d’abord pour gérer l’attention réduite des étudiants, la mise en place d’activités courtes peut être une technique pertinente : capsule vidéo de moins de 10min par exemple, ou travail dans un forum, ou les réponses peuvent être courtes ou spontanées.
De la même manière, les longues lectures non encadrées peuvent être difficile à effectuer pour les apprenants de l’ère numérique : une lecture avec objectifs peut être une meilleure manière de rendre vraiment productive la découverte d’un article, notamment lorsqu’il y a de nouveaux concepts à assimiler. Mais cette image des apprenants du XXIe siècle ne se réduit pas à une attention réduite ! Au contraire, il me semble qu’une confiance dans le l’usage de la technologie par les étudiants est fondamentale. Les activités en distance asynchrone sont alors à prescrire, car elles sont adaptées au quotidien et aux usages numériques des apprenants d’aujourd’hui.
Enfin, la mise en réseau des apprenants me paraît un outil clef pour la motivation : les réseaux sociaux prennent une place importante dans nos vies. Elles permettent du lien social prolongé, de la communication et apportent un plaisir ou gratification immédiate. Pourquoi ne pas transférer cela dans un contexte de cours ? À l’université en particulier, les étudiants peuvent ne passer qu’un temps très limité en présence ensemble et avec l’enseignant. Les plateformes numériques peuvent prolonger le cours par un échange entre étudiant et/ou avec l’enseignant. Ce blogue-ci en est la preuve !
Créer une dynamique de groupe, une communauté autour d’un enseignement me paraît fondamental dans le contexte actuel. Permettre aux étudiants de créer un lien et de s’investir dans le cours est une manière très efficace de créer la motivation, clef pour apprendre !


Référence :

Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Paradigmes et théories qui guident l’action. Dans Se former en pédagogie de l’enseignement supérieur (pp.17-34). Montréal : Collection PERFORMA AQPC.
Jonnaert, P. (2006). Constructivisme, connaissances et savoirs. Transfert, (3), 5-20. https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/pluginfile.php/1352455/mod_page/content/24/Jonnaert_2006-2.pdf

Siemens, G. (2005). Connectivism: A Learning Theory For The Digital Age. International Journal of Instructional Technology and Distance Learning, 2(1), 3-10. www.itdl.org/journal/jan_05/article01.htm





1 commentaire:

  1. Bonjour Émilie,

    Une belle rétrospective des trois théories. Les propositions de pratiques que vous faites, sont toutes pertinentes. J'ai trouvé celles en lien avec le constructivisme particulièrement intéressantes! Elles semblent bien correspondre à vos pratiques d'enseignement. Je retiens aussi notamment cette phrase en lien avec le connectivisme qui m'apparaît très importante: " Mais cette image des apprenants du XXIe siècle ne se réduit pas à une attention réduite ! Au contraire, il me semble qu’une confiance dans le l’usage de la technologie par les étudiants est fondamentale.". En effet, au lieu de juger avec un regard du passé, il faut apprendre à faire confiance...Nous arriverons peut-être plus facilement à nous faire confiance comme prof.

    Louise

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