Constructivisme,
cognitivisme, connectivisme : Quels sont les impacts de ces théories d’apprentissage
sur mon activité d’enseignement ?
J’ai eu l’occasion
d’enseigner dans plusieurs contextes et ainsi d’avoir la chance de comparer
différentes situations éducatives : cours particulier de soutien ou de
langue, médiation culturelle dans les musées, cours de FLE à l’université, et maintenant
formation à l’impression 3D pour des doctorants de toutes disciplines. Mais mon
expérience est très empirique et ne s’est pas accompagnée de beaucoup de
formation théorique sur les théories de l’apprentissage. Comment la découverte
de ces théories « résonne » avec mon expérience ? Et surtout qu’est-ce
que je peux intégrer dans mon activité pour améliorer mon enseignement et ainsi
l’apprentissage des étudiants.
Constructivisme :
L’hypothèse
constructiviste est un nouveau cadre de référence pour l’éducation qui a bouleversé
bon nombre de nos idées sur l’apprentissage et changé les méthodes d’enseignement
ces 20 dernières années (Tardif, 1997 - Jonnaert, 2006). Un des principaux apports du
constructivisme est de mettre en avant l’apprentissage comme une construction
individuelle, qui se bâtit sur les savoirs antérieurs. Ainsi l’enseignement
part du principe que chaque apprenant à un bagage différent et va assimiler le
cours d’une manière singulière.
Dans mon
expérience, prendre en compte cela implique d’apprendre à gérer des situations
ou le groupe est composé d’une multitude de niveau et de bagages différents.
Il me semble qu’une
idée pour tirer bénéfice d’un groupe hétérogène peut être de responsabiliser et
d’autonomiser ceux qui ont déjà un niveau plus avancé : Lors de mes cours
de modélisation 3D, je fais en sorte de grouper les étudiants par 3 ou 4, avec
un « aidant », qui a déjà participé à mes cours et qui peut soutenir
les autres. Cette méthode motive ceux qui sont plus avancés, qui se sentent
utiles, valorisés et investis, tout en accompagnant ceux qui découvrent l’outil
sans le rapport hiérarchique parfois intimidant de l’expert.
De plus, le
constructivisme nous apprend d’ailleurs que c’est dans l’interaction que se
forme la connaissance (Ménard
et St-Pierre, 2014). À ce
titre un apport clef du constructivisme se joue aussi su côté du socio-constructivisme
: Il me semble que c’est une problématique fondamentale de l’apprentissage
aujourd’hui et c’est là que peux se jouer l’engagement de l’enseignant. Les
étudiants peuvent venir de milieux très différents et ce qui pourrait être une
richesse peut parfois s’avérer être un obstacle pour certains. Mais cette
variété de bagages peut favoriser la confrontation et le travail en groupe qui oblige
à négocier avec d’autres, à s’adapter à leur mode fonctionnement. Cela favorise
les conflits cognitifs, que le constructivisme nous apprend être un terrain
fertile d’apprentissage et d’acquisition des connaissances. C’est en réajustant
ses modèles de pensée, qu’on ancre de nouvelles connaissances.
Dans mon
expérience personnelle, je m’aperçois d’ailleurs que je mémorise des
connaissances en les associant à des personnes et à des situations sociales. C’est
par le lien social que je fixe la connaissance dans ma mémoire.
Cognitivisme :
Le cognitivisme s’appuie
sur le constructivisme en tant qu’il part du principe que notre apprentissage s’appuie
sur les connaissances antérieures (Tardif, 1998). Pour autant, le cognitivisme
se focalise plus sur les mécanismes d’apprentissage et de mémorisation.
Je retiens du
cognitivisme des techniques qui permettent de mémoriser plus efficacement.
Le simple fait d’annoncer
un plan de cours, de nommer des objectifs permet à l’apprenant de se sentir
rassuré dans son processus d’apprentissage et d’avancer avec une idée claire en
tête de ce qu’il doit faire. De la même manière, récapituler en fin de cours ce
qui a été appris, permet une meilleure mémorisation et donne confiance à l’étudiant
dans ce qu’il a appris. Le cognitivisme explique également le fonctionnement de
la surcharge cognitive, qui est une situation ou l’apprenant n’est plus en
mesure d’acquérir ou de mémoriser de nouvelles connaissances, car il « sature ».
Chaque apprenant venant avec son propre bagage, la surcharge cognitive peut
arriver à chacun à des moments très différents du processus d’apprentissage. Le
savoir, le repérer et composer avec, et un challenge que le cognitivisme nous
apprend à anticiper.
Enfin, pour
accompagner les apprenants dans l’autonomie, le cognitivisme nous est précieux,
car il décrit les mécanismes qui permettent de développer individuellement des
méthodes d’apprentissage. Apprendre à chacun à apprendre, à réfléchir sur ces
manières d’apprendre (méta cognition), est un pas vers l’autonomie de l’apprentissage.
Connectivisme :
Le connectivisme
s’attache plus particulièrement à l’acquisition des connaissances dans l’ère
numérique, et à ce que cela modifie dans l’expérience des apprenants (Siemens,
2005). L’utilisation des
technologies, dans les situations d’apprentissage comme au quotidien, modifie
notre rapport au monde : Attention réduite, nouveau rapport à l’information
ou rapports sociaux prolongés en ligne. Adapter cela à l’éducation est un
travail stimulant pour l’enseignant aujourd’hui et demain.
Tout d’abord pour
gérer l’attention réduite des étudiants, la mise en place d’activités courtes
peut être une technique pertinente : capsule vidéo de moins de 10min par
exemple, ou travail dans un forum, ou les réponses peuvent être courtes ou
spontanées.
De la même
manière, les longues lectures non encadrées peuvent être difficile à effectuer
pour les apprenants de l’ère numérique : une lecture avec objectifs peut être
une meilleure manière de rendre vraiment productive la découverte d’un article,
notamment lorsqu’il y a de nouveaux concepts à assimiler. Mais cette image des
apprenants du XXIe siècle ne se réduit pas à une attention réduite ! Au
contraire, il me semble qu’une confiance dans le l’usage de la technologie par
les étudiants est fondamentale. Les activités en distance asynchrone sont alors
à prescrire, car elles sont adaptées au quotidien et aux usages numériques des
apprenants d’aujourd’hui.
Enfin, la mise en
réseau des apprenants me paraît un outil clef pour la motivation : les
réseaux sociaux prennent une place importante dans nos vies. Elles permettent
du lien social prolongé, de la communication et apportent un plaisir ou
gratification immédiate. Pourquoi ne pas transférer cela dans un contexte de
cours ? À l’université en particulier, les étudiants peuvent ne passer
qu’un temps très limité en présence ensemble et avec l’enseignant. Les
plateformes numériques peuvent prolonger le cours par un échange entre étudiant
et/ou avec l’enseignant. Ce blogue-ci en est la preuve !
Créer une
dynamique de groupe, une communauté autour d’un enseignement me paraît fondamental
dans le contexte actuel. Permettre aux étudiants de créer un lien et de s’investir
dans le cours est une manière très efficace de créer la motivation, clef pour
apprendre !
Référence :
Ménard, L. et St-Pierre, L. (2014). Paradigmes et théories
qui guident l’action. Dans Se former en pédagogie de l’enseignement
supérieur (pp.17-34). Montréal : Collection PERFORMA AQPC.
Jonnaert,
P. (2006). Constructivisme, connaissances et savoirs. Transfert,
(3), 5-20. https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/pluginfile.php/1352455/mod_page/content/24/Jonnaert_2006-2.pdf
Siemens, G. (2005). Connectivism: A Learning Theory For The
Digital Age. International Journal of Instructional Technology and
Distance Learning, 2(1), 3-10. www.itdl.org/journal/jan_05/article01.htm
Tardif. J. (1997). La construction des connaissances. Pédagogie
collégiale ,11 (2), 11-19. https://www.moodle2.uqam.ca/coursv3/pluginfile.php/1352455/mod_page/content/24/tardif_11_2.pdf
Bonjour Émilie,
RépondreSupprimerUne belle rétrospective des trois théories. Les propositions de pratiques que vous faites, sont toutes pertinentes. J'ai trouvé celles en lien avec le constructivisme particulièrement intéressantes! Elles semblent bien correspondre à vos pratiques d'enseignement. Je retiens aussi notamment cette phrase en lien avec le connectivisme qui m'apparaît très importante: " Mais cette image des apprenants du XXIe siècle ne se réduit pas à une attention réduite ! Au contraire, il me semble qu’une confiance dans le l’usage de la technologie par les étudiants est fondamentale.". En effet, au lieu de juger avec un regard du passé, il faut apprendre à faire confiance...Nous arriverons peut-être plus facilement à nous faire confiance comme prof.
Louise