samedi 18 février 2017


L’université de demain


L’Université où j’ai commencé mon parcours au début des années 2000, n’est plus la même que celle nous je le poursuis aujourd’hui. J’ai été témoin – et actrice – de nombreux changements.
Cela concerne bien sûr l’usage des technologies à l’université, mais aussi le rapport entre la vie sociale, professionnelle et la vie étudiante.

L’évolution de la technologie tout d’abord a vécu une accélération rapide, plus effrénée que celle qu’on put connaître les générations antérieures. Lorsque j’ai commencé l’université, j’allais à la bibliothèque, comme aujourd’hui pour y emprunter des livres, mais aussi pour regarder mes courriels sur les ordinateurs à disposition. Aujourd’hui, je reçois mes mails, messages et notification en tout genre, en temps réel sur mon téléphone. J’ai vu arriver, et j’ai participé à faire arriver, les ordinateurs portables dans les salles de cours, les photos prises au lieu de noter une information, et les universités avoir des pages Facebook, twitter, Instagram… En quoi est-ce que cela bouleverse la vie des étudiants et des universités ?
La stimulation accrue par les technologies est-elle une entrave ou un bénéfice pour la vie universitaire ? Comment les professeurs gèrent-il le décalage entre les étudiants d’aujourd’hui « digital natives », et eux même « digital immigrants » plus ou moins bien « intégrés » dans leurs usages numériques ? (M. Prensky, 2001)
À l’arrivée de chaque innovation technologique, des voix s’élèvent pour crier au danger : de la machine à vapeur à l’imprimerie, il y eut toujours des anciens pour rager contre les modernes, et mettre en garde contre les dangers de l’accélération. Il est évident que notre temps et notre type d’attention sont certainement modifiés par une utilisation différente des technologies : les contenus et les modalités de transmission des connaissances doivent s’adapter à ce nouveau contexte : capsule vidéo courte, lecture avec attente, participation à des forums de discussion qui favorise la spontanéité des échanges et les réponses relativement courtes. Mais la transformation de nos habilités de concentration n’est pas nécessairement synonyme d’une capacité amoindrie : en contrepartie le « digital native » est capable d’être multitâche et donc de gérer plusieurs activités en même temps, est extraordinairement plus rapide pour apprendre les outils numériques, et a une grande habitude de gérer une masse importante d’information, souvent contradictoire, ce qui développe son esprit critique. (M. Wesch, 2007). L’université bénéficie, je pense, grandement de cette montée en compétence de ses étudiants.

Un autre grand bouleversement de l’université ces dernières années me semble être le rapport entre la vie sociale, professionnelle et étudiante, ainsi que la composition sociologique des étudiants. Dans la vidéo « Le milieu universitaire québécois d’hier et demain » (Capsule vidéo de L. Ménard), ces bouleversements sont pointés pour la société québécoise, et je vois des points communs avec les bouleversements en France et en Australie où j’étudie aujourd’hui, malgré des différences importantes de contexte. L’Université s’est démocratisée depuis plusieurs décennies pour le meilleur, mais cela implique que les étudiants travaillent plus en dehors de l’université, car ils ne viennent plus nécessairement de milieux favorisés où ils n’avaient pas besoin de financer leur parcours académique (Pageau et Bujold, 2000). Cela signifie aussi que les étudiants sont plus hétérogènes, ce qui est très stimulant pour favoriser les échanges contradictoires et les situations de conflit cognitif. Le développent des échanges internationaux entre les universités participe également à ce phénomène. Mais la vie sociale à l’université me paraît plus complexe qu’avant, et il me semble que cela a un impact sur l’implication des étudiants dans la vie du campus et donc l’implication dans leurs études. Dans mon expérience personnelle, les cours ou expériences d’apprentissage qui m’ont donné l’impression de plus me former et me transformer ont été celles qui se sont prolongées par une implication sociale dans un groupe. Au niveau de la recherche notamment, le parcours académique peut devenir très solitaire et ainsi briser une dynamique de stimulation intellectuelle avec ses paires (C. Tuke-Flandders, N. Rubbenstein, 2016). L’université d’aujourd’hui propose déjà des parades pour lutter contre cet isolement, mais il me semble que cela constituera encore un des grands défis pour les années à venir.

Pour lier les deux volets abordés dans ce billet, je dirais que le développent et l’arrivée des technologies numériques à l’université pourrait être une piste de solutions pour briser l’isolement des étudiants. Les réseaux sociaux ont pris une grande importance dans nos vies, et malgré des problématiques quelles génèrent, elles permettent un prolongement de la vie sociale et du lien à distance. Quels types d’outils pouvons-nous imaginer pour transférer cet aspect de nos vies dans l’université ? Des messageries instantanées pourraient être intégrées aux environnements numériques de travail des cours d’universités ? Des outils de travail collaboratif comme Trello ou Slack pourraient être utilisés dans un contexte universitaire ? Autant d’idées de pistes à creuser pour une meilleure implication des étudiants dans l’Université de demain.



Référence :

Prensky, M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon, 9(5), 1-6.


Wesch, M. (2007). A Vision of Students Today. Récupéré de https://www.youtube.com/watch?v=dGCJ46vyR9o


Ménard, L., Capsule vidéo : « Le milieu universitaire québécois : d’hier à demain »


Pageau, D. et Bujold, J. (2000). Dis-moi ce que tu veux, et je te dirai jusqu’où tu iras : les caractéristiques des étudiants et des étudiants à la rescousse de la compréhension de la persévérance aux études. Analyse des données des enquêtes ICOP : 1er volet, les programmes de baccalauréat. Québec. Université du Québec à Québec, Direction du recensement étudiant et de la recherche institutionnelle.

Prensky, M. (2001). Digital Natives, Digital Immigrants. On the Horizon. 9(5). pp 1-6.


C. Tuke-Flandders, N. Rubbenstein, 2016, The loneliness taboo: Why doing a PhD doesn’t have to be an isolating experience, http://melbourne.resbaz.edu.au/post/144642287884/the-loneliness-taboo-why-doing-a-phd-doesnt-have


1 commentaire:

  1. Bonjour Émilie,

    Très beau tour d'horizon. Un de vos commentaires a attiré mon attention: celui de l'isolement des étudiants universitaires. On sait qu'au doctorat, la période de rédaction est une période vécue difficilement par les étudiants à cause de cet isolement. plusieurs abandonnent alors des études qui sont déjà très avancées. Il est vrai qu'aujourd'hui, même ceux qui font cours au baccalauréat ont le sentiment d'être seul dans cette immense infrastructure. Comment briser cet isolement? En tant que prof, nous pouvons y contribuer, en présence et à distance. Quels types d'outils...il faut y réfléchir.

    Louise

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